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SA SAINTETÉ LE PAPE FRANÇOIS


 
 
 

 

HOMÉLIE DU CARDINAL PIETRO PAROLIN

lundi 13 février 2017


BASILIQUE SAINTE ANNE DU CONGO
04 février 2017
Textes : Hb 13, 15.20-21 ; 1 Cor 13, 1-9 ; Mc 6, 30-34

Excellence Monsieur le Président de la République du Congo,
Monsieur le Président du Senat,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Excellence Monseigneur le Nonce Apostolique au Congo et au Gabon,
Chers Confrères dans l’Épiscopat,
Messieurs les Membres du gouvernement et du Corps diplomatique,
Chers prêtres et personnes consacrées,
Chers frères et sœurs,
Distingués invités,

OMELIA

Chers frères et sœurs, la liturgie est l’œuvre du peuple convoqué par le Seigneur, la célébration du mystère sacré de la mort et résurrection de Jésus. À travers la liturgie nous rendons grâce à Dieu, en lui exprimant notre gratitude afin de pouvoir entrer nous aussi dans le mystère de l’amour du Père.

Dans la première lecture, l’auteur de la lettre aux hébreux nous dit quelque chose de fondamental « qu’en toute circonstance, offrons à Dieu, par Jésus, un sacrifice de louange ». Pour lui, la vie du chrétien doit être avant tout une action de grâce, un chant de louange continuelle envers son Dieu, Maître de l’univers et source de vie. Ne l’oublions pas, Dieu doit être le premier et le dernier de notre vie, notre seule préoccupation, notre premier souci. Le chrétien et le bon chrétien, c’est avant tout celui qui s’efforce chaque jour à marcher avec son Dieu et en harmonie avec Lui, en faisant le bien et en fuyant le mal.

La première lecture nous invite aussi à la générosité et au partage : « N’oubliez pas d’être généreux et de partager ». Autrement dit, devant l’indifférence du monde, devant l’insensibilité des uns face au malheur et à la détresse des autres, le chrétiens doit avoir un cœur évangélique, c’est-à-dire plus humain et compatissant, ouvert à la souffrance et au besoin des autres. Le Pape François nous invite souvent à résister toujours à la tentation de l’indifférence, maladie grave de notre temps, où le malheur des uns, fait le bonheur des autres. La charité doit être l’attitude fondamentale du chrétien, appelé en effet à la vivre concrètement telle qu’elle est décrite dans la deuxième lecture d’aujourd’hui.

Comme baptisé, devenu disciple du Christ, le chrétien doit avoir pour devise la charité, l’amour, comme disait Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus : « Aimer c’est donner, se donner et tout donner » (Pourquoi je t’aime, ô Marie, PN 54/22) et Saint Paul va même plus loin quand il dit : « même si tu parles les langues de ce monde et qu’il te manque la charité tu n’es rien….tout passe et l’amour reste ». Notre monde passe, nos souffrances passent, nos biens passeront et finiront, notre succès passera, le pouvoir passera, notre misère aussi, mais l’unique chose qui reste et la plus importante que nous devons tous cultiver continuellement et inlassablement : c’est l’amour. Le Bienheureux Paul VI disait : « le monde d’aujourd’hui souffre d’une maladie et cette maladie c’est le manque d’amour » (In Populorum Progressio). Là où il n’y a pas d’amour on se déteste, on s’entretue inutilement en portant ainsi atteinte à l’homme créature de Dieu, à sa dignité toujours à préserver, à l’image et ressemblance de Dieu lui-même (Gn 1, 26).

De même dans l’évangile de ce jour, Saint Marc nous parle de la compassion de Jésus envers la foule. Sa compassion est l’expression de sa miséricorde infinie et de sa bonté (Misericordiae vultus, n. 1). Durant l’année du jubilé extraordinaire de la miséricorde nous avons tous vécu de manière plus intense l’expérience de la miséricorde de Dieu, qui est « tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » (Ex 34, 6), à travers les gestes de pardon reçu et donné. A la conclusion de l’année jubilaire, le Pape François nous disait que le jubilé est fini mais la miséricorde de Dieu continue, car Dieu est miséricorde (Misericordia et miseria, n. 16).

Alors, à l’image de Jésus miséricordieux, soyez, frères et sœurs, les bons disciples du Christ dans votre société, vivez dans la paix et le dialogue, cultivez la tendresse de Dieu, sa compassion et non les rancœurs et la haine ; le partage et non l’égoïsme, l’unité et non la division ou le tribalisme, la solidarité et non l’indifférence.

Le monde, dit le Pape François, a besoin de miséricorde, a besoin d’amour. Votre pays le Congo, pays béni, avec des ressources naturelles et humaines inouïes, a aussi besoin d’amour, de cet amour avec lequel Dieu a oint nos cœurs, afin que nous puissions répandre son baume dans notre société, en l’embellissant par nos actes de miséricorde et de bonté. Dans l’évangile, Jésus a pitié de la foule, il fait la reposer et il lui donne sa Parole de vie. L’amour ici c’est donner ce que l’on a et ce que l’on est. Il ne s’agit donc pas de donner le superflu, mais de donner ce qui plait à soi-même. Voilà le véritable amour, l’amour agapè, enseigné par Jésus. Cet amour sait résister à la tentation de l’indifférence et de l’égoïsme, considère le bien d’autrui comme le sien, de même que son malheur. Comme dit l’Écriture « ce que tu ne veux pas que l’on te fasse, ne le fait pas à l’autre, ce que tu veux qu’on te fasse, fait le à l’autre », (Cfr. Mt. 7,12). Pour le pape François, «  le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée » (Evangelii gaudium, n. 2).

Chers frères et sœurs, chers chrétiens catholiques du Congo, « N’ayez pas peur » (Jn 14, 26) comme nous dit Jésus. Aux menaces contre votre foi, répondez par votre fidélité au Christ, le Fils unique du Père, conçu en Marie par l’œuvre de l’Esprit. Soyez des fervents chrétiens, des disciples fidèles du Christ. Distinguez-vous par votre conduite et par le témoignage de votre foi vécue et professée. Souvenez-vous de ce que disait le Bienheureux Paul VI : « le monde d’aujourd’hui a plus besoin des témoins que des maitres, s’ils sont maitres c’est pour avoir été des témoins » (Evangelii Nuntiandi, 41).

Alors, comme les premiers chrétiens de l’Église des origines, soyez exemplaires par l’authenticité et la crédibilité de votre foi, « fuyez le mal avec horreur et faites le bien » comme nous enseigne Saint Paul. N’ayez pas peur d’être les ambassadeurs du Christ dans vos milieux de vie et de travail. Ayez le courage de parler de Jésus, d’écouter sa Parole et d’annoncer aux autres la joie de l’Évangile (Evangelii gaudium, n. 1). Jésus dans l’Évangile a fait de l’enseignement de la Parole sa priorité : tout miracle était précédé d’un enseignement et tout enseignement était suivi d’un miracle. Nous aussi, privilégions l’écoute de la Parole de Dieu dans nos vies, pour grandir dans la foi et dans la connaissance du Christ, car, comme dit Saint Jérôme, « ignorer les écritures c’est ignorer Jésus-lui-même » (Dei Verbum, 25).

Chers chrétiens et chrétiennes du Congo, soyez donc, des témoins de la Foi des messagers et des artisans de paix dans vos communautés et dans vos familles comme vous exhortent vos Évêques dans leur message livré à l’occasion de leur 45ème Assemblée plénière.

Le 40ème anniversaire des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la République du Congo coïncide providentiellement avec le 40ème anniversaire de la mort du Cardinal Émile Biayenda, bon pasteur et serviteur zélé, apôtre de la paix, dont la cause de béatification est en cours. Il a été pour ceux qui l’ont connu un exemple de foi et du coup un exemple pour nous tous aujourd’hui. Le monde a besoin des modèles, le monde a besoin des athlètes de Dieu comme fut le Cardinal Biayenda. Toute en priant pour la cause de sa béatification, prions aussi pour que le peuple congolais tout entier grandisse dans l’unité, une autre vertu qui a caractérisé la vie de ce bon pasteur.

Pour finir, l’histoire de votre beau pays le Congo, nous enseigne que votre Premier Président de la République a eu le privilège de confier le Congo à la Vierge Marie. Ne perdez pas cette grâce ! À tout moment, en toutes circonstances, dans la prospérité et dans les épreuves, confiez-vous à Marie, elle est « la Reine de la paix (Regina pacis) et la pleine de grâces (gratia plena) ». Que Notre Dame du Congo intercède pour vous, surtout pour les malades et les personnes en difficulté ; qu’elle obtienne à ce Pays, une paix durable, la vraie paix, « la sainte paix ».

Nous disons encore merci au Seigneur pour les 40 ans des relations diplomatiques entre le Congo et le Saint siège. Merci pour le chemin parcouru ensemble.

Que Dieu bénisse le Congo et qu’il accorde à tous les Congolais l’abondance et la plénitude de ses grâces divines.

Amen.

Pietro Cardinal PAROLIN
Secrétaire d’État

 

 


 
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