SA SAINTETÉ LE PAPE FRANÇOIS


 
 
 

 

Cardinal Dieudonné NZAPLAINGA : Homélie de la messe de la rentrée pastorale 2017-2018

samedi 7 octobre 2017


Dimanche 1er octobre 2017, en la paroisse Notre Dame de Fatima


Excellence Monseigneur Richard APPORA, évêque de Bambari,
Excellence Monsieur le Président de la République Chef de l’État,
Très Honorable Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Honorable monsieur le Vice-président de l’Assemblée Nationale,
Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres, Chers pères, chers religieuses et religieux,
Chers frères et sœurs, membres de la famille chrétienne de l’Archidiocèse de Bangui,
Chers ordinands,
Distingués invités,

À vous grâce et paix de la part de Dieu le Père, de Jésus-Christ notre Seigneur et de l’Esprit Saint souffle d’amour, dont la force et la présence bienveillante nous a permis de vivre d’un bout à l’autre cette merveilleuse semaine de prière et de réflexion.

La célébration eucharistique de ce 26ème dimanche du temps ordinaire revêt, pour l’Archidiocèse de Bangui, une signification particulière. Elle marque le commencement de l’année pastorale 2017-2018 consacrée au thème de la famille comme lieu d’éducation. C’est une nouvelle aventure humaine et spirituelle pour nos paroisses, nos mouvements, fraternités et groupes de prière.

Oui, frères et sœurs, c’est une journée si solennelle et si mémorable pour Abdi Guénolé, Dieu-béni, Donald, Jerry et Jean Freddy à qui, par la grâce de la sainte Trinité, je vais respectivement conférer l’ordination diaconale et presbytérale et, ce faisant, permettre à notre famille sacerdotale d’être enrichie de nouveaux pasteurs et serviteurs.

Cette semaine, nous avons appris à comprendre que la famille est le lieu primordial et privilégié de l’éducation intégrale. Oui, nous avons suivi un véritable parcours intégral en méditant ce thème inépuisable sous plusieurs angles, institutionnel, œcuménique, culturel. Ce n’est pas fini : le questionnaire et les recommandations que nous vous avons communiqués montre que nous n’avons fait qu’initier un chemin ; nous n’avons fait que lancer l’appel à vivre en mettant l’accent sur la famille et les valeurs qui la fondent et l’affermissent à savoir l’amour, la fidélité, la procréation et l’éducation chrétienne des enfants dans le mariage. Le fondement anthropologique du mariage sacramentel nous est révélé dans le récit de la création qui nous parle d’un couple, Adam et Ève que Dieu invite à s’unir et à procréer (Gn 1, 28 ; 2, 24). Et cet amour, Dieu le veut indissoluble.

Oui, parler de la famille comme lieu d’éducation a eu pour but premier d’insister sur la défense de la vie afin d’éradiquer la culture de la mort que les derniers événements socio militaro-politiques ont répandu dans notre pays. Les textes liturgiques de cette messe, parce qu’ils mettent en évidence ce qui est substantiel, peuvent faire office de conclusion à ces jours intenses de réflexions et de questionnements.

L’évangile de ce jour met en scène un père qui appelle ses deux fils pour aller travailler dans sa vigne. Le premier n’accepte pas mais se repent et y va. Le second dit oui mais n’y va pas.

La réponse que l’on donne à Dieu fait de nous des justes ou des méchants. Mais Dieu ne veut pas la mort du méchant comme nous le montre Ézéchiel dans la première lecture de ce jour. Il est le Dieu miséricordieux qui invite le méchant à se détourner de sa méchanceté, à opter pour la justice et ainsi, à accéder à la vraie vie. Le Seigneur nous invite à une certaine vigilance car le juste peut devenir méchant, tout comme le méchant peut devenir juste. C’est pourquoi, dans l’évangile, Jésus nous donne l’exemple des publicains et des prostituées qui peuvent nous précéder dans le royaume, non pas pour leur péché, mais parce qu’ils sont capables de conversion.

Un effort de conversion qui nous incombe dans notre pays c’est de reconnaître notre part de responsabilité vis-à-vis de ce qui nous arrive au lieu d’accuser l’autre. La possibilité de la conversion que nous offre la bonté de Dieu peut nous aider à comprendre qu’il n’y a pas de situation figée, qu’il n’y a pas de raison de sombrer dans le fatalisme. En effet, adhérer au plan de Dieu peut changer le cours d’une vie. Je le dis pour toutes les familles du Centrafrique, à Bangui tout comme à l’intérieur du pays, qui vivent des drames épouvantables, qui ne parviennent plus à croire en l’avenir ; je le dis pour toutes les femmes, tous les hommes qui ne croient plus en la possibilité du mariage et qui ce faisant, sombrent dans le découragement. Qu’ils sachent que Dieu, dont la miséricorde est infinie, ne les oublie pas. Qu’ils se rassurent que l’Église non plus ne les oublie pas, elle qui en ce monde à la mission d’exprimer la tendresse de Dieu. Aujourd’hui, la voie de Dieu invite tout un chacun à se détourner de son mal et de toutes les pratiques mortifères qui se répercutent sur les familles.

Je voudrais finir en évoquant Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face, patronne de la mission, que l’Église commémore en principe aujourd’hui.

Carmélite, la petite Thérèse est celle qui a fait la joie de sa famille religieuse en y étant humble et remarquable servante. Elle est la joie de l’Église mais encore elle a fait la joie de ses parents Zélie et Louis Martin eux aussi canonisés parce qu’ayant été remarquables témoins de l’amour conjugal.

Tel est mon vœu le plus cher : que nos familles éduquent les enfants selon le cœur de Dieu ; que de nos familles spirituelles et humaines naissent des hommes, des femmes et des enfants de foi, de bons citoyens capables de relever notre pays de ses cendres. Que nos familles, en prenant conscience de la mission éducatrice qui leur incombe, deviennent réellement des églises domestiques : des lieux d’accueil, d’écoute et de partage ; des lieux où se vit concrètement la réconciliation, cet immense chantier pour notre pays : pardon entre époux, entre parents et enfants, entre frères et sœurs ; oui, que de nos familles et de l’éducation qui y est prodiguée émane le refus de la violence, de la haine, du tribalisme, de la corruption, de la facilité, de la promiscuité. Que nos familles par la concorde qui y règne soient déjà le premier écho du cri d’amour de Dieu au monde.

Je m’adresse maintenant à vous chers ordinands.

Au début de cette messe vous avez publiquement observé un rite émouvant et très éloquent : vos parents vous ont accompagné jusqu’au pied de l’autel. Je rends hommage à vos parents qui, dans cette oblation de vos vies, ont compris, à l’instar de Joseph et de Marie, qu’il est temps que vous fassiez la volonté de l’unique Père, celui dont la paternité est source et lumière de nos paternités et maternités. Ils ont compris que la fécondité de nos vies en famille, de nos missions dépend de l’abandon confiant entre les mains de Dieu. Pour vous, voici venu le moment de la mission, le temps d’œuvrer dans la vigne du Seigneur.

Oui, chers fils.

Dans cette nouvelle appartenance familiale, ayez à cœur, à l’instar du premier enfant de la parabole de l’évangile de ce jour, d’être obéissants. L’enfant dont l’attitude plaît au Seigneur et qui devient en quelque sorte le fils de la promesse est celui qui se repent et obéit. Repentance et obéissance sont des valeurs qui devront caractériser votre être-diacre et être-prêtre de Jésus-Christ. Le serviteur humble est celui qui reconnaît sa dépendance vitale et existentielle de la providence divine : c’est l’Homme qui se tient devant Dieu en toute vérité, celui qui se tient devant la communauté sans aucune prétention orgueilleuse, sans ambition égoïste en reconnaissant son rôle, sa place.

Mes chers amis.

Aujourd’hui vous vous engagez à être fils à la manière de Jésus, qui, par sa parfaite obéissance au Père, nous offre le modèle d’une vie humble. La trajectoire de sa vie selon saint Paul Apôtre dans l’hymne aux Philippiens (Ph 2, 1-11) illustre non seulement le concret de sa vie mais encore la destinée de qui se fait librement humble serviteur de Dieu et des hommes : « il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur […] il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers. » (Ph 2, 7-9)

En Jésus-Christ, nous le savons, la vraie façon de régner c’est de servir. Ou encore, le secret de la concorde en famille, en communauté, en Église, c’est le service qui provient du cœur humble, obéissant et prompt à se repentir. Je voudrais, chers ordinands, pour étayer les précieux mots que vous avez reçu durant tout le parcours qui vous a conduit à ce jour, la retraite en l’occurrence, en vous invitant à ne jamais oublier que vous êtes ordonnés pour le service du Seigneur et de vos familles spirituelles. L’humilité que vous êtes appelés à revêtir, n’est pas une simple vertu à acquérir ou une simple valeur à défendre : c’est d’accueillir et de suivre Jésus la source et le secret de vos ministères respectifs.

Chers frères et sœurs.

Confions à la Très Sainte Trinité nos activités à venir, nos projets, nos efforts, nos combats, notre cheminement et l’espoir de les voir être inspirés par un dynamisme nouveau et surtout, de se réaliser conformément au dessein du Créateur.

Que Dieu bénisse toutes celles et ceux qui se sont dévoués corps et âmes pour le bon déroulement de ces assises. Et surtout, par la puissante intercession de notre Dame de l’Oubangui, qu’il bénisse toutes les familles du Centrafrique et les comble de sa paix, AMEN !

 

Cardinal Dieudonné NZAPLAINGA
Archevêque Métropolitain de Bangui

 

 


 
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