SA SAINTETÉ LE PAPE FRANÇOIS


 
 
 

 

ARCHIDIOCÈSE DE BANGUI : HOMÉLIE MESSE DES OBSÈQUES DE L’ABBÉ TUNGUMALE-BABA ALBERT

jeudi 10 mai 2018


HOMÉLIE DU CARDINAL DIEUDONNÈ NZAPALAINGA À LA MESSE DES OBSÈQUES DE L’ABBÉ TUNGUMALE-BABA ALBERT ET LES AUTRES VICTIMES DE FATIMA
 
Ac 14, 19-28 ; Ps 144 ; Jn 14, 27-31a

 
Chers frères et sœurs,

L’archidiocèse de bangui est en deuil. Il pleure ses enfants. Nos larmes n’arrêtent pas de couler depuis que nous avons appris l’acte terroriste, barbare, commis à la paroisse Notre Dame de Fatima, lors de la grande célébration eucharistique du 1er mai dernier. Un sentiment de tristesse, de colère, de désolation habite notre cœur et nous a plongés dans une dure épreuve. Que faire ?

Après des moments de prières et de réflexions, nous avons la certitude que le Seigneur n’abandonne jamais ceux qui croient en Lui. Dans les moments de grande tribulation, Il vient à leur secours pour les délivrer, les consoler, panser leurs blessures et essuyer leurs larmes. C’est pourquoi, nous avons fait le choix de garder les mêmes textes liturgiques lus à Fatima. Ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur qui nous parle ; car Lui seul est notre Refuge, notre Bouclier, notre Salut.

Chers frères et sœurs,

Paul dans la première lecture, a subi l’agression des Juifs venant d’Antioche de Pisidie. Ils l’ont lapidé et traîné hors de la ville, pensant qu’il était mort. Leur plan était de mettre fin à l’annonce de la Bonne Nouvelle dans cette ville. Pour cela, il fallait tuer Paul. Mais ils ont échoué. Le texte en effet, déclare : « Le lendemain, avec Barnabé, Paul partit pour Derbé. Ils annoncèrent la Bonne Nouvelle…et firent bon nombre de disciples » (Ac. 14 20-21). Ils sont même repartis à Antioche de Pisidie, d’où sont venus les Juifs qui ont lapidé Paul. Là, ils exhortaient les fidèles à persévérer dans la foi.

Ce texte est une véritable prophétie. L’abbé TUNGUMALE-BABA a été agressé, tué. Son corps a été traîné dans la ville de Bangui. Ses agresseurs ont pensé avoir vaincu, gagné la bataille. NON. Ils ne pourront jamais éliminer l’Église catholique. Ils ne pourront jamais mettre fin, à l’annonce de la Bonne Nouvelle à Fatima. Paul après son agression disait : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ». (Ac.
14, 22).

Oui, au nom de notre foi, l’abbé TUNGUMALE-BABA et les autres fidèles qui ont trouvé la mort à Fatima, ont vécu leurs épreuves et sont dans le royaume de Dieu.

Chers frères et sœurs

Dans l’évangile proclamé, Jésus disait à ses disciples : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé » (Jn 14, 27). Voilà une autre phrase prophétique qui cadre avec la situation que nous vivons. Tous nous sommes bouleversés. Tous nous sommes effrayés. Notre vivre ensemble, notre cohésion sociale, notre unité nationale vient d’être bafouée et remise en question par les ennemis de la paix.

L’heure est grave, car la crise est profonde et multidimensionnelle avec des en dessous profitables à ceux qui tirent la ficelle dans l’ombre et qui n’ont aucune considération pour l’homme. Les ennemis de la paix ont leur plan ; c’est pourquoi, nous devons être vigilants afin de ne céder à aucune manipulation. Nous devons prendre de l’envol et jouer notre rôle de sentinelle, de guetteurs, de ceux qui voient loin et agissent prudemment et vertueusement.

Le discours du Pape François, à la FATEB, lors de sa visite à Bangui peut nous aider à comprendre notre crise. Le Pape affirme que la violence est une action du diable ; les personnes tombent sous le pouvoir du Mal : « Toutes nos communautés souffrent indistinctement de l’injustice et de la haine aveugle que le démon déchaîne » disait le Saint Père. Par conséquent, nous sommes engagés dans un combat spirituel, chers fidèles de l’archidiocèse de Bangui. Le diable se déchaîne contre nous, parce que nous sommes la capitale spirituelle du monde ; la Première Porte Sainte du jubilé de la miséricorde ; la terre bénie de Dieu. Nous allons le combattre et le vaincre avec les armes de la foi.

Pour cela, faisons nôtre les recommandations de saint Paul, dans sa lettre aux Éphésiens : « …armez-vous de force dans le Seigneur, de sa force toute puissante. Revêtez l’armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable. Ce n’est pas à l’homme que nous sommes affrontés, mais aux Autorités, aux Pouvoirs, aux Dominations de ce monde de ténèbres, aux esprits du mal qui sont dans les cieux. Saisissez donc l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais, vous puissiez résister et demeurer debout, ayant tout mis en œuvre. Debout donc ! A la taille, la vérité pour ceinturon, avec la justice pour cuirasse et, comme chaussures aux pieds, l’élan pour annoncer l’Évangile de la paix. Prenez surtout le bouclier de la foi, il vous permettra d’éteindre tous les projectiles enflammés du Malin. Recevez enfin le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu  » (Eph 6, 10-17). Les anges célestes combattent à nos côtés, Saint Michel Archange assure notre défense. La Vierge Marie Notre Dame de l’Oubangui nous couvre sous son manteau.

À ceux qui nous gouvernent, nous exprimons notre reconnaissance pour les efforts déployés dans la formation de nos militaires. Par ailleurs, nous vous lançons cet appel : Prenez de manière résolue et déterminée votre responsabilité . Le peuple souffre et demande protection. Demain risquerait d’être tard. L’ennemi en face n’a pitié de personne. Il est prêt à frapper à chaque occasion. Le retard pris pour intervenir a laissé le champ libre à l’ennemi. Nous comptons nos morts et nos blessés. Je vous invite à revoir votre système de défense et votre stratégie pour une action coordonnée et efficace de nos forces de défense nationale.

A la communauté internationale et en particulier à la MINUSCA, nous vous remercions pour votre présence au chevet de la nation centrafricaine et l’appui au processus de la paix en cour. Cependant, nous attirons votre attention sur la lenteur dans les interventions et le manque du professionnalisme de certains contingents . Nous savons que vous avez les moyens efficaces de communication. Quand vous entendez notre SOS, de grâce, venez vite nous protéger et nous sauver. Et nous sommes convaincus que Dieu vous donnera la force de mieux faire. Nous vous réitérons le désir de la population de voir une bonne coordination entre la MINUSCA et les forces de défense nationale. Prenez votre responsabilité, au nom de Dieu.

Chers frères et sœurs,

Certes nous avons perdu des membres chers de notre famille. Mais nous gardons les témoignages vivants de leur passage parmi nous. Nous pensons à ABDOU Désiré (de Fatima), INONGO Christelle (de Padoue), AMKÉ-KPADÉMONA Viviane (de Saint Sauveur), MBALET Simon Pierre (de Saint Sauveur), TITTÉ Brigitte Viviane (de Saint Paul), NGAKOLA Olivier (de la Police Centrafricaine). Nous avons voulu ces funérailles communes, car ils ont perdu la vie, à cause de leur foi. Ils seront tous enterrés au cimetière des prêtres, à Saint Paul. Un mausolée en leur mémoire sera construit.

Mon fils BABA, tu vas nous manquer. Je garde le souvenir d’un pasteur infatigable qui aimait son ministère. Un prêtre humble. Pas une seule fois, je t’ai vu en colère. Tu acceptais volontiers les plaisanteries, les moqueries de tes confrères. Ton amour pour le Sango nous passionnait. Tu étais un prêtre courageux. Tu aimais l’Eucharistie et tu la célébrais chaque jour. En charge de commission diocésaine Justice et Paix, tu as œuvré pour le dialogue interreligieux et pour la paix. Tu as fait le choix d’habiter dans une maison très proche de ta paroisse même si cette maison est proche du Km5. Oui fils, tu as vécu ce que tu prêchais.

Le Seigneur t’a fait grâce. Tu as trouvé la mort pendant la célébration de l’Eucharistie que tu aimais. L’évangile proclamé ce jour parlait de la paix pour laquelle tu as œuvré. Fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître. N’oublie pas ta famille. Ta maman ici présente qui a demandé à te voir avant l’inhumation. N’oublie pas l’archidiocèse de Bangui. N’oublie pas tous ceux que tu as connus et que tu aimais. Deux jours avant ta mort, à une place mortuaire, dans l’homélie que tu prononçais, tu disais de ne pas avoir peur de la mort. Mais de la considérer comme une amie ; car elle nous permet de voir Dieu. Tu parlais de ta propre mort.

Vierge Marie, Mère des prêtres ; Mère des douleurs et compassion, Viens à la rencontre de tes enfants et conduis les dans la gloire de ton Fils Jésus.

Amen !

 

Dieudonné Cardinal NZAPALAINGA
Archevêque Métropolitain de Bangui

 


 
 
 
 
 
 
 

 

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